Notre uranium, une boîte de Pandore

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Uranium | Earth Sciences Museum | University of Waterloo

Actuellement, la question de l’uranium congolais suscite des discussions approfondies dans la presse nationale et internationale, ainsi que dans les milieux d’affaires et sur les réseaux sociaux. Le sujet, qui fait l’objet de nombreuses spéculations, a été abordé dans le cadre d’une enquête conjointe menée par des chercheurs de l’université du Wisconsin-Madison et de Princeton (Ryan A. Manzuk, Sébastien Philippe) pour le média d’investigation Lighthouse Reports du Financial Times. Cette enquête s’est basée sur des documents fuités provenant de Tenke Fungurume (TFM, opéré par CMOC et, avant 2016, par Freeport-McMoRan Copper & Gold), des documents obtenus auprès de STUK (the Finnish Radiation and Nuclear Safety Authority), ainsi que d’autres sources. Selon les chercheurs, « entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium naturel auraient été exportées de TFM entre 2000 et 2024, intégrées à des cargaisons d’hydroxydes de cobalt à destination de la Chine ». Des sources concordantes affirment que cette quantité aurait été exportée sans que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) n’exerce aucun contrôle. Selon l’AIEA, la quantité d’uranium mentionnée est suffisante pour produire 600 têtes nucléaires.

Photo : Image d’uranium sous forme de pechblende Source : Earth Science Museum, Waterloo University, Waterloo, Ontario, Canada

Les réactions ne se sont pas fait attendre. CMOC, l’opérateur minier de TFM, a publié un communiqué dans lequel il nie la contamination de son cobalt par des niveaux élevés d’uranium excédant les limites applicables, et explique que tous ses hydroxydes de cobalt sont conformes aux exigences réglementaires de la RDC. La Chine, à travers l’Union des sociétés minières aux capitaux chinois en RDC (USMCC), a également réagi en qualifiant ces informations d’« infondées ».

Le gouvernement congolais a, pour sa part, affirmé que « la présence naturelle d’uranium dans les gisements cuprifères et cobaltifères des provinces du Lualaba et du Haut-Katanga est un fait géologique établi et documenté depuis plus d’un siècle ». Pour éclaircir la situation, le gouvernement a annoncé une contre-analyse, en mettant en place un groupe de travail interministériel, ainsi qu’un laboratoire national et un laboratoire international accrédités. Ce groupe est placé sous la conduite conjointe du Comité national de protection contre les rayonnements ionisants (CNPRI), du Commissariat général à l’énergie atomique (CGEA) et du Centre d’expertise, d’évaluation et de certification (CEEC). Leur rapport est attendu dans moins de 60 jours.

Pourtant, en 2009, l’AIEA avait déjà fait état d’« informations fiables » indiquant que l’uranium du Congo était « en réalité exporté en tant que sous-produit du cobalt », révèle également cette enquête.

Avec ces hydroxydes, la Chine obtient deux minerais en une seule étape d’extraction, car elle détient le contrôle de la majorité des mines de cobalt du Congo. Toutefois, cette enquête précise que leurs travaux ne permettent pas de déterminer l’usage ultérieur de cet uranium en Chine (37 703,05 tonnes exportées par le groupe CMOC – TFM & Kisanfu – au premier semestre de 2026). En d’autres termes, personne ne peut attester que l’uranium qui se faufile dans les hydroxydes de cobalt du groupe CMOC ait été utilisé expressément dans le programme nucléaire chinois. Notons quand même que depuis le début de 2026, la Chine exploite 58 réacteurs nucléaires (environ 56,4 GW installés) et compte 33 unités supplémentaires (plus de 35 GW) en construction. Comment comprendre ce minerai dangereux qu’est l’uranium ?

L’uranium, désormais un minerai critique

L’uranium est un élément chimique qui occupe la 92e place du tableau périodique des éléments et on le note U. Il appartient aux actinides qui ont la particularité d’être tous radioactifs parce qu’ils ont un noyau instable et émettent des rayonnements lors de leur désintégration naturelle.

Comme tous les éléments, l’uranium est composé principalement de trois isotopes très semblables, différenciables par leur masse (poids atomique), appelés isotopes : l’uranium 234 (234U), l’uranium 238 (238U) et l’uranium 235 (235U), qui est celui utilisé dans les réacteurs nucléaires pour produire de l’électricité, car il est fissile (c’est-à-dire susceptible de se diviser en mille morceaux). Les propriétés particulières de l’uranium en font la principale source de combustible des réacteurs nucléaires. Une quantité d’uranium de la taille d’un œuf de poule peut produire autant d’électricité que 88 tonnes de charbon. 

« L’uranium est l’un des éléments les plus abondants dans la croûte terrestre — il est environ 500 fois plus répandu que l’or. Alors qu’il semble très rare, l’uranium est en réalité présent partout en infimes quantités — dans la roche, le sol, l’eau et même dans notre corps. L’océan contient également de grandes quantités d’uranium fortement dissous, environ quatre milliards de tonnes. » (Source : IAEA – Agence internationale de l’énergie atomique)

L’uranium, considéré comme un minerai critique depuis 2025, est un élément important dans le secteur de l’énergie. La demande mondiale d’uranium est en hausse, avec environ 60 réacteurs nucléaires en cours de construction à travers le monde. Selon les derniers chiffres publiés en 2024 par le World Nuclear Association, la production mondiale de l’uranium s’élevait à 60 213 tonnes métriques (MT). La hausse de la demande mondiale en électricité fait flamber le cours au comptant passant de 88 USD par livre U3O8 en 2017 à 72 USD en 2024 après quelques fluctuations vu l’électrification des usages (véhicules électriques), la relocalisation industrielle, et surtout l’explosion des centres de données liée à l’intelligence artificielle.

Uranium – Production et réserves dans le monde

Production de l’uranium

Réserves dans le monde par MT

Rang

Pays

Année 2024

Rang

Pays

Année 2023

1

Kazakhstan

23 270

1

Australie

3.6 millions

2

Canada

14 309

2

Kazakhstan

2.9 millions

3

Namibie

7 333

3

Canada

1.7 millions

4

Ouzbékistan

4 000

4

Russie

1.2 millions

5

Russie

2 738

5

Namibie

1.1 million

6

Chine

1 600

6

Afrique du Sud

985 000

7

Niger

962

7

Niger

821 700

8

Inde

500

8

Chine

810 000

(Source: World Nuclear Association) (Source: World Population Review)

En ce qui concerne la RDC, on estimait dans les années 1950 que la mine de Shinkolobwe renfermait environ la moitié des réserves mondiales d’uranium connues. Aujourd’hui, la RDC n’a plus de production commerciale officielle d’uranium, ni de réserves statutaires actives. Officiellement, la RDC n’est pas un producteur d’uranium, même s’il en existe également au Kivu et au Maniema, dans des quantités non identifiées. La plus connue aujourd’hui est la mine de Shinkolobwe.

La mine de Shinkolobwe

La localité de Shinkolobwe est située près de Likasi, à mi-chemin entre Kolwezi et Lubumbashi, dans la province du Haut-Katanga en RDC. Elle abrite la mine du même nom. Le gisement uranifère de Shinkolobwe a été découvert en 1915 par Robert Rich Sharp. L’Union Minière du Haut-Katanga (UMHK), aujourd’hui Gécamines, a commencé son exploitation en 1921. Le minerai d’uranium était exporté en Belgique pour y extraire le radium, découvert par Marie Curie. L’exploitation cessa pendant des années en raison de l’épuisement des réserves de la mine. Elle fut ravivée durant la Seconde Guerre mondiale.

La Belgique ouvrit la « boîte de Pandore » en 1940

En effet, le 2 août 1939, Albert Einstein, alerté par la possibilité d’une réaction nucléaire en chaîne et par les ambitions allemandes autour de l’uranium, adressa une lettre au président Franklin D. Roosevelt dans laquelle il lui expliqua que l’utilisation de l’uranium pourrait déboucher à la fois sur une nouvelle source d’énergie et sur la fabrication d’armes d’une puissance inédite. Conscient de la faiblesse des réserves américaines, il recommanda en outre de se tourner vers le Congo belge, dont le minerai d’uranium, d’une pureté exceptionnelle, s’imposait alors comme une ressource stratégique majeure.

Le projet Manhattan

La réaction de Washington fut rapide. Roosevelt mit sur pied un comité consultatif sur l’uranium, réunissant plusieurs grands noms de la physique, tandis qu’il organisa en parallèle une sécurisation discrète des approvisionnements. Dans l’ombre, Edgar Sengier, patron de l’Union minière du Haut-Katanga (UMHK), mit l’uranium, une arme de destruction massive, aux mains des Américains en leur expédiant des quantités d’uranium sous couvert d’anonymat. Ce partenariat déboucha sur un quasi-monopole américain de l’uranium congolais, scellé et protégé par des accords secrets avec Londres et le gouvernement belge en exil.

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La mine de Shinkolobwe, en proie à l’épuisement, fut rapidement remise en activité par l’armée américaine ; elle devint l’un des pivots de l’effort atomique américain. Sous le contrôle colonial belge, des milliers de travailleurs congolais y extraient le minerai dans des conditions extrêmement dures, sans protection contre les rayonnements. Entre 1942 et 1944, plus de 30 000 tonnes de minerai étaient ainsi expédiées en secret vers les États-Unis, alimentant un programme devenu prioritaire dans le contexte de la guerre mondiale.

Sur le plan scientifique, les recherches franchirent rapidement un cap. Les travaux sur l’enrichissement de l’uranium 235, puis la découverte du plutonium comme nouvelle matière fissile, ouvrirent la voie à deux filières parallèles. En janvier 1943, le programme quitta définitivement le stade expérimental pour entrer dans l’ère industrielle : ce fut la naissance du projet Manhattan, placé sous l’autorité du général Leslie Groves, avec des moyens humains, techniques et financiers exceptionnels. De grands centres virent alors le jour à Oak Ridge, à Hanford et à Los Alamos, où était concentrée une élite scientifique sans précédent. À Los Alamos, Robert Oppenheimer dirigeait une équipe de physiciens de premier plan, parmi lesquels plusieurs futurs ou anciens prix Nobel. Dans le plus grand secret, ces chercheurs mirent au point l’arme nucléaire, jusqu’au premier essai réussi du 16 juillet 1945, dans le désert du Nouveau-Mexique.

Quelques semaines plus tard, cette percée scientifique bascula dans l’histoire tragique du 20e siècle. Le 6 août 1945, la boîte de Pandore s’ouvrit, tout en ouvrant au Congo la porte d’entrée de l’ère atomique. Hiroshima fut frappée par une bombe atomique américaine. Trois jours plus tard, Nagasaki subit à son tour une attaque nucléaire. Ces bombardements provoquèrent d’immenses destructions et des pertes humaines considérables, inscrivant durablement le projet Manhattan dans une mémoire où se mêlent prouesse scientifique, calcul géopolitique et catastrophe humaine.

L’exigence de Patrice Lumumba

Après la guerre, l’accord entre les États-Unis et la Belgique fut renouvelé. Jusqu’à la fin des années 1950, le Congo demeura le premier fournisseur mondial d’uranium de Washington. En 1957, les États-Unis offrirent à la Belgique son tout premier réacteur nucléaire (le BR1 [Belgian Reactor 1] de Mol), principalement pour la remercier d’avoir fourni l’uranium du Katanga au projet Manhattan. Cependant, à l’approche de l’indépendance du Congo en 1960, la donne géopolitique changea avec ces deux événements :

  • Le futur Premier ministre Patrice Lumumba déclara que le Congo indépendant devrait négocier ses propres accords miniers directement avec les États-Unis, soulignant que « la Belgique ne produit pas d’uranium ».
  • Craignant de perdre le contrôle de la mine de Shinkolobwe, l’UMHK , juste avant l’indépendance du Congo en 1960, noya et scella officiellement cette mine sous des tonnes de béton et y plaça l’armée congolaise qui la garda jusqu’en 1997.

C’est dans le Haut-Katanga, où se trouve la mine de Shinkolobwe, que Patrice Lumumba fut assassiné en 1961, emportant avec lui son rêve de voir le Congo décider du sort de ses minerais. Ces accords secrets enrichirent l’État belge et l’Union minière grâce à d’importantes retombées financières et technologiques. La Belgique continua à s’enrichir de notre uranium des années après la guerre comme l’illustre l’« Affaire Plumbat ».

Projet « Plumbat »

En 1968, la Belgique, profitant d’un démêlé politique entre la France, fournisseuse d’uranium, et Israël dû à la guerre entre Israël et les pays arabes de 1967, vendit à Israël, 200 tonnes de yellowcake (uranium traité), du stock de l’UHMK en provenance de Shinkolobwe pour développer son réacteur nucléaire Dimona. Dans un scénario digne d’un film d’espionnage et dans le cadre d’une opération secrète appelée Plumbat, Mossad, le service secret israélien, réussit à acheminer ces 200 tonnes d’Anvers à Haïfa, en Israël, afin de développer l’arsenal nucléaire de son pays. Ainsi, la Belgique a enfreint les règles relatives au contrôle du matériel nucléaire de l’Euratom. (Source : The Plumbat Affair par Elaine Davenport Paul Eddy et Peter Gillman, publié par Futura Publications Ltd en 1978)

La fermeture de la mine de Shinkolobwe

Malgré la fermeture de cette mine par l’UMHK, des mineurs congolais continuent d’y risquer leur vie pour en extraire de l’uranium et du cobalt. En 2004, après l’effondrement d’un puits ayant coûté la vie à huit personnes, le président Joseph Kabila a signé un décret classant Shinkolobwe en zone interdite à toute activité minière.

Qu’à cela ne tienne, les gens s’y plongent toujours à leurs risques et périls pour extraire le cobalt que cette mine renferme. Ils y travaillent illégalement, sans la moindre protection, dans de longs tunnels à faible aération, et s’exposent ainsi au radon, un gaz inodore et insipide qui se dégage lorsque l’uranium se désintègre, ainsi qu’à bien d’autres éléments nuisibles. Même à faibles doses, une exposition prolongée au cobalt ou au cuivre radioactif comporte des risques énormes.

La mine était sur le point de renaître en mars 2009, lorsque les présidents français et congolais signèrent un accord de coopération incluant un permis de recherche accordé à l’industriel français Areva pour la mine de Shinkolobwe. Pour des raisons inconnues du public, le projet ne s’était jamais concrétisé et la mine demeure officiellement fermée à ce jour.

Y a-t-il de l’uranium dans le cobalt congolais ?

Oui, il y en a, affirment les experts. La minéralisation de l’uranium est toujours associée à d’autres minerais tels que le cuivre, le cobalt, le nickel, le palladium, le thorium et la monazite. Le cuivre et le cobalt congolais sont effectivement radioactifs, « mais pas foncièrement », insiste la zambienne Queenter Osoro, présidente de l’Association d’Afrique de l’Est pour la radioprotection (EAARP), parce qu’il s’agit de traces anormales d’uranium qui n’ont rien à voir avec les gisements essentiellement uranifères comme celui de Shinkolobwe.

Selon le géologue Claver Kanzundu de la Faculté des sciences de l’université de Lubumbashi, dont les recherches portent sur l’uranium depuis plus de quatre décennies, « partout où la concentration en cobalt est plus élevée, l’uranium est présent », a-t-il déclaré à Mongabay. Kanzundu décrit 4 types de gisements avec deux qui sont radioactifs et deux autres exempts de traces d’uranium. Les quatre zones donnent les variations cuprifères dans lesquelles le cuivre est mêlé au cobalt, à l’uranium et au nickel en même temps et aussi où le cuivre et le cobalt se mélangent ou pas du tout. 

Un expert français qui avait préféré garder l’anonymat déclara à Mongabay qu’au Katanga, « j’ai personnellement pu mesurer, sur des stocks de minerais oxydés de cuivre (malachite pour l’essentiel), des niveaux de radioactivité qui, s’ils n’étaient pas exceptionnels, étaient suffisants pour faire de ces minerais des minerais uranifères à basse teneur, économiquement exploitables, à condition que les volumes eussent été conséquents ».

Tout est donc une question de teneur, puisque l’uranium est considéré comme une impureté critique dans le circuit du cobalt. Tomas Statius, l’un des coauteurs de l’enquête publiée par Lighthouse Reports, explique : « Quand on extrait du cobalt, on sort beaucoup de roches, que l’on doit ensuite retirer. L’une des seules choses qu’on a du mal à enlever, à moins d’utiliser une étape très spécifique avec une substance très précise, c’est l’uranium ». Donc, il faut des réactifs forts, comme l’acide phosphorique, pour enlever l’uranium du cobalt. À l’heure actuelle, c’est l’un des deux seuls traitements efficaces pour séparer l’uranium du cobalt, et « surtout la seule façon de se conformer au seuil maximum de radioactivité fixé par les autorités congolaises pour tout produit minier », ajoute-t-il. Envoyer de l’uranium dans le cobalt sans avoir effectué le travail de séparation ne coûte pas grand-chose à la société exportatrice. Si elle peut échapper au contrôle, elle le fera. (Photo – Éparpillement des acides dans une mine de CHEMAF à Lubumbashi en 2017- Source : Mongabay)

A l’exportation, le cobalt passe par des ports, où il y a des portiques calibrés pour détecter la présence de radioactivité. Si, à la sortie, l’uranium n’est pas détecté dans les hydroxydes de cobalt, il y a deux scénarios : soit les portiques ne sont pas calibrés, soit des agents douaniers n’ont pas effectué le contrôle adéquat, ce qui constitue une négligence criminelle. En outre, le gouvernement ne dispose pas des équipements nécessaires à ce travail. Le patron du Commissariat général de l’énergie atomique (CGEA), Dr. Steve Mwanza Kamunga, a déclaré aux enquêteurs de Lighthouse Reports qu’il avait demandé au gouvernement des fonds pour installer des équipements de surveillance de la radiation sur les camions quittant la RDC pour la Zambie, transportant des sacs d’hydroxydes. Il attend toujours.

L’État, souvent pris de court

Ce qui explique que l’État congolais est souvent pris de court lorsqu’interviennent des incidents problématiques liés à la radioactivité. En novembre 2018, par exemple, Glencore avait temporairement suspendu ses exportations de cobalt issues de la mine de Kamoto après la détection de niveaux d’uranium supérieurs aux limites autorisées dans le produit fini. Dans ce cas, Glencore se conformait à l’article 404 bis du Règlement minier, qui dispose que « L’opérateur minier est responsable de la radioprotection pour toutes ses activités conformément à la loi portant dispositions relatives à la protection contre les dangers des rayonnements ionisants et à la protection physique des matières et des installations nucléaires et au Décret portant réglementation de la protection contre les dangers des rayonnements ionisants. Il doit assurer la protection radiologique de ses travailleurs et prendre toutes les dispositions nécessaires pour éviter que ses activités minières ne soient source de contamination radiologique de l’environnement, afin de prévenir l’exposition et la contamination du public aux rayonnements ionisants. »

En 2024, le Botswana renvoya une cargaison de cobalt produit par l’entreprise minière COMMUS (Compagnie minière de Musonoï) au Lualaba en raison d’un taux de radioactivité dépassant les normes recommandées. Les activités de COMMUS furent suspendues pendant un mois par le gouvernement qui ouvrit une enquête dont les résultats n’ont jamais été rendus publics. Un mois plus tard, COMMUS rouvrit ses portes et reprit ses activités.

Services défaillants

Encore une fois, le Règlement minier est clair dans l’article 404 bis : « Un contrôle réglementaire de la radioactivité est effectué pendant la recherche, l’exploitation, le traitement et le transport des minerais par l’autorité de régulation des rayonnements ionisants. En cas d’obstruction à ce contrôle, l’autorité de régulation des rayonnements ionisants saisit la Direction de Protection de l’Environnement Minier afin de mettre en demeure le titulaire défaillant de s’y soumettre. »

Mais sur le terrain, les services de l’État sont peu efficaces. « Tous les services de sécurité chargés de la surveillance de ce site minier ont failli à leur mission », accuse Paul Kisimba, militant des droits de l’homme et de la société civile de Likasi, ville située à 30 km de la mine, auprès de l’AFP. « Que ce soient les éléments des FARDC (Forces armées congolaises), de la police et même les gardes industriels de la Gécamines, censés faire respecter la mesure », ajoute-t-il. (Source : TV5 Monde, août 2025)

Selon plusieurs experts, une partie de l’uranium naturellement présent dans certains minerais peut se retrouver dans les résidus issus de leur traitement. L’exploitation minière du cuivre et du cobalt génère d’importants volumes de déchets. Le stockage, la surveillance et la gestion de ces déchets constituent déjà un défi environnemental majeur. Et les mineurs artisanaux les fouillent toute la journée, malgré tous les risques que cela comporte. Est-ce que les agents comprennent la circulation des matières radioactives tout au long de la chaîne industrielle du cuivre et du cobalt ? La négligence dans la surveillance de la radioprotection des environnements miniers est notable et l’État doit agir. Mais, qui est responsable de surveiller les sites miniers en matière de rayonnements ionisants ?

Conflit des compétences

Conformément aux engagements pris par la RDC en ce qui concerne le traité de non-prolifération des armes nucléaires, le protocole additionnel ainsi que les accords de garantie signés avec l’Agence internationale de l’énergie atomique, le 5 juillet 2014 le ministre délégué aux Finances ainsi que celui des Mines avait pris un arrêté interministériel donnant les prérogatives au Commissariat général de l’énergie atomique (CGEA) travaillant avec le Centre régional de recherches nucléaires de Kinshasa (CREN-K) d’effectuer le contrôle et l’évaluation de la radio activité des produits miniers marchands de l’extraction à l’exportation et de délivrer le certificat d’évaluation de la radio activité. Cependant, cet organisme dispose de moyens très limités sur le terrain, où se trouve également l’Office de contrôle du Congo (OCC), chargé de délivrer le certificat de non-radioactivité pour les produits miniers marchands exportés. Il doit également statuer sur l’authenticité du produit au moyen d’analyses appropriées. Donc, le CGEA/CREN-K) Se dispute ses prérogatives non seulement avec le Comité National de Protection contre les Rayonnements Ionisants (CNPRI), qui est l’autorité réglementaire nucléaire dont les missions se résument à autoriser, inspecter et réglementer les activités nucléaires de la RDC, mais aussi avec l’OCC, dont la mission est tout aussi claire. 

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Office Congolais de Contrôle "OCC" – Bâtissons la Confiance
CNPRI – Autorité Règlementaire

Pourtant, le législateur n’a pas fait d’amalgame. Il a déterminé le champ d’action de chaque service au point d’éliminer toute confusion. Le CGEA doit agir en amont et l’OCC en aval. Quant au CNPRI, son rôle est également clair. Cependant, sur le terrain, la situation est non seulement opaque, mais aussi préoccupante, car à la fin de la journée, le travail de contrôle radioactif et de radioprotection semble ne pas être effectué avec efficacité et rigueur. Alors, pourquoi tant de conflits de compétences ? Le gouvernement doit maintenant appliquer le bâton et la carotte pour désamorcer ces crises qui nuisent non seulement à son industrie minière, mais aussi à sa population et ternissent son image à l’international.

Une AIEA essoufflée

Selon la journaliste Romane Bonnemé de la RTBF dans son article publié le 21 août 2026, l’Agence internationale de l’énergie atomique connaît également de sérieux problèmes structurels et budgétaires. « L’Agence ne dispose que de 275 inspecteurs pour couvrir l’ensemble des sites dans les 191 pays parties au TNP, pour un budget annuel de l’ordre de 425 millions de dollars, dont environ 150 millions sont directement dédiés au contrôle des accords de garanties », précise-t-il.

En outre, l’AIEA n’a, statutairement, aucun pouvoir coercitif. En cas de non-conformité constatée, l’Agence ne peut que la rapporter au Conseil de sécurité de l’ONU et à son Assemblée générale. Elle ne peut imposer ni sanction, ni inspection forcée, ni contrainte matérielle». Ce qui démontre à suffisance que les structures chargées du contrôle de la radioactivité et de la radioprotection, ainsi que celles chargées de la gestion des risques de prolifération, tant au niveau national qu’au niveau international, présentent toutes des failles. Alors, à quel saint faut-il se tourner ?

La RDC a un réacteur nucléaire

Juste avant l’indépendance, le Congo se dota d’un réacteur nucléaire TRICO-I, une installation de recherche d’une puissance de 50 kW, le tout premier réacteur installé en Afrique dans le cadre du programme américain « Atoms for Peace » (Des atomes pour la paix). En 1970, le Centre Trico devint le Centre régional d’études nucléaires de Kinshasa (CREN-K). Celui-ci décida rapidement de se doter d’un réacteur de recherche plus puissant, le Trico II. D’une puissance de 1 MW, il fut inauguré en 1972, mais il a cessé de fonctionner en 2004. L’objectif n’était pas de relancer l’exploitation minière de l’uranium, mais de soutenir les recherches médicales, biologiques, génétiques et industrielles, l’enseignement et la production d’isotopes médicaux et agricoles, bref, de développer les usages pacifiques de l’atome. L’autorité chargée de la gestion du réacteur nucléaire est le Commissariat général pour l’énergie atomique de la RDC. (Photo – Érosion dans la cité Mama Mobutu, commune de Mont Ngafula, dans les environs de l’UNIKIN – Source : Wikipédia)

Le CREN-K, doté d’un laboratoire de biotechnologie et de biologie moléculaire, agit, malgré son ancrage dans la recherche nucléaire, principalement comme acteur scientifique et technique au service du développement, de la sécurité et des besoins pratiques de la société.

La quantité d’uranium ou de déchets fissiles que le centre conserve est un « secret d’État », avait déclaré en 2017 à l’AFP le directeur du Cren-K, Vincent Lukanda, en concédant simplement que « c’est très dangereux ». En 2007, des barres d’uranium y avaient été volées, suscitant l’inquiétude de la communauté internationale quant à un éventuel détournement à des fins militaires. Le réacteur est de plus installé sur une colline gagnée par l’érosion, avec des risques de glissements de terrain qui inquiètent les autorités universitaires, une inquiétude bien fondée, car s’il lâche, Dieu sait combien de déchets fissiles vont envahir l’environnement et nuire à la population environnante. L’AIEA y effectue, à intervalles réguliers, des missions de contrôle de la quantité d’uranium stockée ainsi que des déchets fissiles entreposés dans l’enceinte.​

La boite de Pandora

Maintenant, la question est de savoir ce que le Congo compte faire de son uranium. Son grand gisement uranifère reste fermé, et des veines contenant de l’uranium sont éparpillées sur le territoire national, comme au Kivu, où l’on trouve de la monazite. L’uranium s’applique au nucléaire, certes, mais il sert aussi en médecine, en agriculture, en gestion de l’eau, en électricité et bien d’autres domaines. L’uranium est à la fois un matériau stratégique pour l’industrie nucléaire et un agent radioactif aux conséquences potentiellement désastreuses. C’est pourquoi je le compare à la boîte de Pandore, la femme du titan Épiméthée, qui avait enfreint l’interdit et ouvert la boîte lui offerte par Zeus, dieu de la mythologie grecque. Dès qu’elle l’ouvrit, un flot de malheurs se déversa sur le monde. Elle tenta de la refermer, mais sans succès. Comme cette boîte, qui n’avait pas que des malheurs à répandre, l’uranium est une substance ambivalente, caractéristique des ressources naturelles. Lorsqu’il est soumis à l’exploitation, que celle-ci soit anarchique ou ciblée (à l’instar de ce qui s’est produit en 1945), les populations sont exposées à des risques d’une extrême gravité, parmi lesquels figurent les radiations, la contamination et la mort.

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À l’instar des maux sortis de la boîte de Pandore, ces dangers peuvent se répandre largement et avoir des répercussions durables sur le monde entier. Cependant, l’uranium, en soi, n’est pas un facteur de risque. Le défi majeur réside dans l’optimisation de son exploitation. Une richesse peut s’avérer un levier de développement ou une source de déclin, selon la manière dont elle est gérée. Le risque n’est pas une fatalité ; il est le fruit des choix stratégiques des parties prenantes quant à son exploitation.

De même que l’espoir demeurait au fond de la boîte de Pandore, il existe encore une issue positive avec l’uranium congolais : avec de la prudence, des règles strictes, une bonne gouvernance et une gestion responsable, cette ressource minérale peut être maîtrisée et mise au service du bien commun. Par conséquent, on peut dire que l’uranium congolais ressemble à la boîte de Pandore : enfoui, il semble porteur de promesses ; mal exploité, il libère des maux invisibles ; bien géré, il laisse encore de la place à l’espoir.

Références

  1. www. iaea.org
  2. Elaine Davenport, Paul Eddy et Peter Gillman, The Plumbat Affair, Philadelphie, Futura Publication Ltd, 1978
  3. www.sfeb.org
  4. www.fr.mongabay,com
  5. Kaniki, A. (2026). Évaluation de la qualité des eaux et des sols dans les communautés impactées par les entreprises minières TFM, COMMUS et MUMI. Rapport réalisé à la demande d’Afrewatch et RAID, Université de Lubumbashi/Laboratoire d’Analyses Environnementales, juin 2026. URL : https://raid-uk.org/wp-content/uploads/2026/06/Prof-Kaniki-Rapport-JUIN-2026-1.pdf
  6. Tomas Statius Sébastien Philippe, Ryan Manzuk, Peter Aldhous, Sam Joiner, Leslie Hook, Camilla Hodgson, Crofton Black, Daniel Howden, Chris Campbell, Peter Andringa, Congo’s Hidden Uranium Exports, co-publié avec Financial Times Nature, 30 juillet 2026
  7. Comment l’uranium congolais transite vers la Chine sous les radars par Tomas Statius (Lighthouse Reports) et Ryan Manzuk (chercheur à l’université de Princeton), 30 juillet 2026, modifié le 31 juillet 2026, Le Monde
  8. Susan Williams, Spies in the Congo, America’s Atomic Mission in World War II, Hurst Publishers, 2016, 432 pages
  9. Romane Bonnemé, L’uranium fantôme de la République démocratique du Congo : une filière secrète vers la Chine, à l’heure du grand retour du nucléaire, RTBF, 21 août 2026 à Bruxelles
  10. www.tv5monde.com, reportage de Juliette Ossola avec AFP, 9 août 2025
  11. www.world-nuclear.org
  12. www.worldpopulationreview.com
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